Les scientifiques placent les espèces exotiques envahissantes comme l’un des cinq facteurs pesant sur le déclin de la biodiversité, au même titre que la destruction des milieux naturels, la surexploitation des ressources, le changement climatique et les pollutions. Toutes les plantes exotiques envahissantes n’ont pas les mêmes répercussions sur le fonctionnement des milieux naturels ou la richesse floristique. Ces impacts sont variés et variables : quelques rares espèces finissent par s’insérer dans les écosystèmes tandis que d’autres les perturbent fortement.
Compétition pour l’espace, la lumière, l’eau et les nutriments : la diversité floristique s’en voit appauvrie, la flore locale disparaît parfois totalement, et avec elle, des espèces rares ou patrimoniales.
Perturbation des habitats : fermeture du milieu, acidification du sol, modification du régime hydrique, enrichissement massif des eaux et eutrophisation, accumulation de biomasse...
Hybridation avec des espèces indigènes proches : le phénomène entraîne une pollution génétique et la disparition progressive du patrimoine génétique des espèces locales, facteur de résilience aux changements globaux.
Maladies et organismes associés : parasites, champignons ou virus sont parfois véhiculés par les plantes introduites et sont alors susceptibles d’infecter la flore locale ou les cultures.
Faune et champignons : disparition de plantes nourricières, perte d’habitats pour la faune (insectes, oiseaux, amphibiens), déséquilibres dans les communautés fongiques et microbiennes du sol.
Ainsi, une plante exotique envahissante peut affecter non seulement la flore, mais aussi toute la biodiversité associée. Ces impacts ne se limitent pas aux zones dégradées : certaines espèces parviennent à s’implanter dans des milieux naturels encore préservés, où elles entrent en compétition avec des espèces rares et menacées.
La faune aussi :
Les espèces exotiques envahissantes animales impactent aussi la biodiversité. Certaines ont modifié les paysages et mené à la régression de certaines espèces végétales. C’est par exemple le cas de l’Écrevisse de Louisiane (Procambarus clarkii), dévastatrice pour les herbiers aquatiques au point de provoquer la disparition locale de certaines espèces patrimoniales. D’autres, comme le ragondin (Myocastor coypus), favorisent la propagation de plantes exotiques envahissantes comme les jussies ou l’Herbe à alligator (Alternanthera philoxeroides).
Pour aller plus loin sur la faune exotique envahissante :
FAUNA - Espèces exotiques
Vrai ou Faux : L’introduction d’une plante exotique envahissante peut-elle être vue comme un enrichissement de la biodiversité ?
Faux. Si certaines présentent des atouts comme une résistance à la sécheresse, l’adaptation à des milieux dégradés, la dépollution des sols ou encore offrent quelque refuge pour d’autres espèces, ces bénéfices ponctuels restent bien inférieurs aux impacts négatifs observés sur les écosystèmes naturels. N’oublions pas que certaines espèces endémiques au territoire peuvent disparaître de la planète à la suite de l’introduction d’une espèce exotique.
Bien que majoritairement introduites pour des usages humains comme l’ornement des jardins, la production de bois ou encore le génie végétal avec la stabilisation de berges et de talus, les plantes exotiques envahissantes sont sources de nuisances aux conséquences économiques et sanitaires importantes :
Agriculture et sylviculture : les rendements agricoles sont diminués, la valeur des fourrages est altérée, le bétail est parfois intoxiqué, l’exploitation des parcelles est gênée.
Activités économiques et de loisirs : dans les milieux aquatiques, la prolifération d’espèces comme les jussies ou les myriophylles altère la qualité de l’eau (et par conséquent les populations piscicoles), gêne la pêche, la navigation et les activités nautiques. Les coûts d’entretien des cours d’eau et canaux en sont augmentés.
Infrastructures : certaines espèces, comme la renouée du Japon, endommagent bâtiments, routes ou voies ferrées en s’infiltrant dans les fissures.
Santé publique : allergies sévères, irritations cutanées... L’exemple le plus connu est celui des ambroisies, dont le pollen touche plus d’un million de personnes en France chaque année.
Culture et paysage : mutation des paysages, colonisation d’espaces historiques, naturels et géologiques remarquables... Certains sites d’importance paysagère, géologique ou historique peuvent être impactés par la progression de plantes exotiques envahissantes. Leur retrait entraîne parfois la dégradation de ce patrimoine. L’identité paysagère de certaines villes et régions se voit parfois transformée par des plantes exotiques tant celles-ci sont abondantes (ex. Bormes-les-Mimosas, Hyères-les-Palmiers). En Nouvelle-Aquitaine, certaines espèces sont devenues dominantes dans le paysage comme le Baccharis (Baccharis halimifolia) sur le Bassin d’Arcachon, les jussies (Ludwigia spp.) dans les barthes de l’Adour ou l’Herbe de la Pampa (Cortaderia selloana) sur la côte basque. Il n’est pas rare que des rues, quartiers ou lotissements soient baptisés du nom de ces espèces.
En France, le coût global des espèces exotiques envahissantes est estimé entre 40 et 400 millions d’euros par an.
En Nouvelle-Aquitaine, il n’existe pas encore d’évaluation précise, mais les dépenses liées à la gestion, la prévention et les pertes économiques sont estimées à plusieurs millions d’euros chaque année.
Ces coûts comprennent :
Un exemple : l’Ambroisie, les coûts sanitaires estimés flambent
Pour mieux comprendre et hiérarchiser les impacts des espèces exotiques envahissantes, 3 outils internationaux ont été développés :
Le projet CLEVER a testé l’application des méthodes EICAT et EICAT+ en Nouvelle-Aquitaine, comme en France, pour qualifier les impacts régionaux sur une sélection de plantes exotiques envahissantes.