PLANTES EXOTIQUES en Nouvelle-Aquitaine

D’exotique à envahissante : l’invasion biologique en plusieurs étapes

Le processus d’invasion biologique d’une espèce exotique suit plusieurs étapes successives correspondant au franchissement de barrières écologiques :

1 Introduction : l’espèce franchit une barrière géographique (océan, mer, montagne...) pour sortir de son aire naturelle et arriver dans un nouveau territoire.

2 Acclimatation : elle rencontre une barrière environnementale et doit survivre aux nouvelles conditions (climat, sol, eau, concurrence, pathogènes…).

3 Naturalisation : en franchissant la barrière reproductive, la plante forme des populations stables sans nécessiter d'intervention humaine.

4 Expansion (ou invasion) : si l’espèce franchit la barrière de dispersion, l’espèce se propage dans de nouveaux secteurs, colonise de nouveaux milieux pour atteindre la pleine phase d’envahissement : c’est une plante exotique envahissante, encore appelée plante invasive.

Colocasia esculenta
Le Taro (Colocasia esculenta) a été signalé le long du courant de Soustons (40) dans les années 90 sans présenter de dynamique envahissante. Il connait depuis quelques années une dynamique expansive dans le sud-ouest avec une multiplication des signalements et une augmentation des surfaces occupées par ses populations.
Photo : A. Caillon, CBNSA

Sur la somme des plantes exotiques introduites sur un territoire, une petite part a la capacité de se naturaliser avant de devenir envahissante. La durée de chaque étape varie suivant les espèces.

Schématisation des principales barrières limitant la naturalisation et l'expansion des plantes introduites
Source de la figure

De nombreuses voies d’introduction volontaires ou involontaires

La majorité des plantes exotiques de Nouvelle-Aquitaine ont été introduites volontairement par l’humain. Ces introductions concernent aussi bien des plantes terrestres qu’aquatiques et couvrent de multiples usages :

  • Horticulture : c’est la principale voie d’introduction. Les pépinières, jardins botaniques et commerces spécialisés ont importé de nombreuses espèces pour l’ornement de nos jardins et espaces verts dont plusieurs sont devenues envahissantes.
  • Sylviculture : utilisation d’arbres à croissance rapide, rustiques, à valorisation élevée (bois d’œuvre, pâte à papier...).
  • Génie écologique : usage d’espèces à croissance rapide ou stabilisatrices de sols.
  • Autres usages agricoles : plantes fourragères, tinctoriales, médicinales ou textiles, dépollution des sols (phytoremédiation), enherbement des vergers…
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des plantes exotiques présentes en Nouvelle-Aquitaine ont été introduites volontairement par l’humain

D’autres espèces sont arrivées accidentellement, transportées avec des matériaux, des marchandises ou par les flux logistiques modernes :

  • Contamination de matériaux déplacés : les terres végétales, remblais, graviers, ballasts ferroviaires ou matériaux de construction peuvent contenir des graines ou fragments de plantes exotiques.
  • Industrie et commerce : par exemple, les importations de blé, coton ou semences agricoles ont transporté des adventices d’Amérique, d’Inde ou d’Europe de l’Est.
  • Activités militaires : certaines plantes ont été introduites au retour d’opérations militaires et signalées dans les bases militaires ou sur des terrains d’entraînement ou de campement.
  • Voies maritimes : au XIXᵉ siècle, les ports atlantiques ont été des lieux d’introduction via les ballasts de navires remplis de sable ou de terre contenant des graines étrangères. Aujourd’hui, le traitement de ces eaux est obligatoire avant rejet, réduisant ces risques.

L’expansion, facilitée par des vecteurs de propagation

Les plantes exotiques envahissantes empruntent de multiples vecteurs pour se disperser.

Les réseaux de transport — routes, voies ferrées, ports ou zones logistiques — agissent comme de véritables corridors biologiques, facilitant l’installation d’espèces à graines légères dans les friches, remblais ou zones en chantiers.

Les réseaux hydrographiques, tels que les rivières, canaux et zones humides, jouent également un rôle majeur : les espèces aquatiques comme les jussies (Ludwigia spp.) ou la Vallisnérie australe (Vallisneria australis) utilisent les courants, la faune ou les équipements de loisir pour coloniser de nouveaux milieux, notamment dans la vallée de la Garonne.

Enfin, des facteurs naturels comme le vent (anémochorie), les animaux (zoochorie) ou les courants marins contribuent à la dissémination de graines, parfois sur de longues distances, bien que la germination reste rare après immersion prolongée.

Vallisneria australis
La Vallisnérie australe (Vallisneria australis) est une plante aquatique détectée récemment en Nouvelle-Aquitaine pouvant être dispersée par l’eau, les activités humaines et les oiseaux d’eau.
Photo : A. Caillon, CBNSA

Intensification des échanges commerciaux et touristiques, fragmentation et dégradation des milieux, multiplication des axes de circulation, changement climatique… Les invasions biologiques sont avant tout le reflet des activités humaines qui facilitent la dispersion des espèces exotiques naturalisées.

Les effets du changement climatique

Le changement climatique agit comme un facilitateur des invasions biologiques :

  • Réchauffement des températures : certaines espèces exotiques, auparavant limitées par le froid, disposent maintenant de conditions plus favorables pour survivre, se développer et se propager en Nouvelle-Aquitaine.
  • Modification des régimes hydriques : épisodes de sécheresse, inondations, fluctuations de niveau des rivières et zones humides modifient les milieux, ouvrent des niches écologiques nouvelles et affaiblissent la végétation locale la plus sensible aux aléas climatiques, ce qui permet aux plantes exotiques envahissantes de s’installer plus facilement.
  • Allongement des périodes de croissance : les plantes exotiques peuvent profiter d’une plus longue période de croissance ou de reproduction, ce qui augmente leur opportunité d’expansion.
  • Pressions combinées : milieux déjà fragilisés par l’urbanisation, les infrastructures et les échanges sont encore plus vulnérables lorsque le climat se modifie.

Si le changement climatique n’est pas à l’origine des invasions, il contribue néanmoins à réduire les barrières à l’introduction et à la propagation, accélère certains processus et élargit les zones potentiellement colonisables par les espèces exotiques.