PLANTES EXOTIQUES en Nouvelle-Aquitaine

Nouvelle-Aquitaine : un territoire propice à la naturalisation des plantes exotiques

Couvrant 84 100 km2, la Nouvelle-Aquitaine figure comme la région la plus vaste et la 3ème la plus peuplée de l’hexagone. Grâce à sa géographie variée, son climat doux, ses milieux diversifiés et ses réseaux de circulation naturels et humains, la Nouvelle-Aquitaine offre un terrain particulièrement favorable au développement des plantes exotiques envahissantes.

Des prairies du Limousin aux montagnes des Pyrénées en passant par le littoral atlantique ou les zones humides de Poitou-Charentes, la région est riche d’une grande mosaïque paysagère. Ainsi, statistiquement, une plante exotique a davantage de chances de trouver un milieu propice à sa naturalisation.

Les vents dominants du sud-ouest et de l’ouest apportent une atmosphère humide et tempérée sur l’ensemble de la région, avec des hivers doux grâce à l’influence du golfe de Gascogne : des conditions idéales pour une grande diversité de plantes exotiques.

La

mosaïque

paysagère et la diversité des climats de la région offrent davantage de chances de naturalisation aux plantes.

Avec le réchauffement climatique, l’urbanisation, l’intensification du tourisme et le commerce à longue distance, les barrières naturelles disparaissent progressivement, permettant à de nombreuses espèces exotiques de s’implanter durablement. Les axes de communication créés par l’homme (routes, canaux) offrent de nouvelles voies de dispersion et d’implantation. Les grands axes fluviaux — Adour, Garonne, Dordogne, Charente — et la façade littorale ponctuée de ports de commerce mondiaux constituent des portes d’entrée privilégiées pour ces espèces.

La disparition des

barrières

naturelles favorise l’introduction des espèces exotiques.

La flore de Nouvelle-Aquitaine résulte de millions d’années d’évolution et de coévolution entre les espèces et leur environnement, façonnée par les mouvements des continents, les glaciations et le climat. Certaines espèces, comme l’Isoète de Bory (Isoetes boryana) ou la Capillaire de Montpellier (Adiantum capillus-veneris), sont de véritables reliques du passé, tandis que d’autres témoignent des glaciations quaternaires. Le climat tempéré et méditerranéen a ensuite permis l’installation progressive de nouvelles espèces, créant une mosaïque floristique unique.

Aujourd’hui, l’équilibre de ces écosystèmes peut être menacé par les plantes exotiques envahissantes, capables de se développer rapidement et de concurrencer la flore locale. Comprendre cette longue histoire est essentiel pour protéger la biodiversité et gérer les espèces introduites.

Etat des lieux des plantes exotiques naturalisées en Nouvelle-Aquitaine

La Nouvelle-Aquitaine — plus vaste région de France, regroupant 12 départements (Charente, Charente-Maritime, Corrèze, Creuse, Dordogne, Gironde, Landes, Lot-et-Garonne, Pyrénées-Atlantiques, Deux-Sèvres, Vienne et Haute-Vienne) — fait face à une dynamique d’expansion rapide des plantes exotiques envahissantes. En Nouvelle-Aquitaine, 4 000 espèces de plantes sauvages sont inventoriées : 1 sur 5 est exotique.

L’évaluation régionale conduite par les CBN de Nouvelle-Aquitaine hiérarchise les 822 plantes exotiques présentes dans la région selon leur degré d’envahissement et leur impact écologique.

D’après cette analyse, la Nouvelle-Aquitaine compte 366 plantes exotiques envahissantes :

  • 174 ont un impact majeur sur les écosystèmes, 56 sont déjà largement répandues et 118 restent encore localisées ;
  • 192 ont un impact modéré, dont 62 répandues et 130 localisées.
56

plantes exotiques envahissantes ont à la fois un impact majeur et une large répartition en Nouvelle-Aquitaine

28 figurent sur la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union Européenne et sont, de fait, interdites de commercialisation, transports, etc.

3 espèces sont citées parmi les 100 espèces les plus envahissantes au monde d’après le classement du Groupe des spécialistes de l’UICN sur les invasions biologiques (Invasive Species Specialist Group) : la Jacinthe d’eau (Pontederia crassipes), la Spartine anglaise (Spartina anglica) et le Tamaris très rameux (Tamarix ramosissima).

3

plantes exotiques envahissantes présentes en Nouvelle-Aquitaine font partie des 100 espèces les plus envahissantes au monde

Ces chiffres illustrent l’ampleur du phénomène en Nouvelle-Aquitaine : plus de quatre plantes exotiques sur dix évaluées sont désormais reconnues comme envahissantes, avec des niveaux d’impact variables mais souvent significatifs sur la biodiversité régionale.

En 2022, les espèces les plus signalées en Nouvelle-Aquitaine sont par ordre décroissant :

  • Robinier faux-acacia (Robinia pseudoacacia)
  • Sporobole des Indes (Sporobolus indicus)
  • Véronique de Perse (Veronica persica)
  • Vergerette du Canada (Erigeron canadensis)
  • Jonc ténu (Juncus tenuis)

Ces espèces ubiquistes colonisent une grande variété de milieux, des zones agricoles aux bords de routes, en passant par les milieux littoraux et urbains. Certaines comme le Robinier faux-acacia ou le Sporobole des Indes présentent un impact majeur sur les écosystèmes.

Robinier faux acacias
Le Robinier faux acacia est utilisé en sylviculture et en apiculture mais peut entrainer la fermeture et une modification des sols des milieux colonisés.
Photo: A. Caillon, CBNSA
Sporobole d'Inde
Le Sporobole des Indes colonise pelouses, friches, talus, gravats… Sa dispersion est fortement liée aux activités humaines (piétinement, enfrichement, etc.)
Photo: A. Caillon, CBNSA

La flore exotique naturalisée en Nouvelle-Aquitaine se compose de 114 familles botaniques. Les plus représentées sont :

  • Les Poaceae (graminées) – ex. Sporobolus indicus, Spartina spp., Paspalum spp.
  • Les Asteraceae (composées) – ex. Baccharis halimifolia, Erigeron canadensis, Ambrosia artemisiifolia
  • Les Brassicaceae, Onagraceae, Fabaceae et Caryophyllaceae, en moindre proportion.

Ces familles dominantes partagent des stratégies efficaces de dispersion et de reproduction : production massive de graines, dissémination par le vent (anémochorie), les animaux (zoochorie) ou l’eau (hydrochorie), et multiplication végétative par rhizomes.

A noter que les Poacées et les Astéracées sont aussi les plus représentées dans le classement des familles de plantes exotiques envahissantes les plus signalées.

Deux espèces de mousses originaires d’Amérique du Sud — Mousse filiforme du Cap (Orthodontium lineare) et le Torpier cactus (Campylopus introflexus) — ont été introduites en Europe au début du XXème siècle. Elles sont aujourd’hui présentes en Nouvelle-Aquitaine, où elles colonisent des milieux ouverts, acides et perturbés, notamment les landes et dunes atlantiques. Le Torpier cactus peut présenter un caractère envahissant dans certaines situations.

Chez les lichens et les champignons, les introductions sont moins bien documentées, mais certaines espèces exotiques, souvent associées aux plantes ornementales, substrats horticoles ou bois importés, sont signalées ponctuellement.

Par exemple, le Clathre d’Archer (Clathrus archeri), champignon d’origine australienne ou néo-zélandaise, aurait été introduit en France au début du XXème siècle, probablement via les importations de laines dans la région bordelaise ou avec le matériel et les chevaux des troupes australiennes pendant la Première Guerre mondiale. Il est considéré envahissant dans certaines régions du globe.

Clathrus archeri
Originaire de l’hémisphère sud (Australie/Nouvelle-Zélande), Clathrus archeri a été introduit en Europe au début du XXème siècle (premier signalement en France en 1914) et est désormais naturalisé dans de nombreuses régions d’Europe centrale.
Photo: A. Caillon, CBNSA

Les départements littoraux — Gironde, Landes, Charente-Maritime et Pyrénées-Atlantiques — concentrent le plus grand nombre d’espèces, du fait d’une combinaison de facteurs climatiques et anthropiques comme la pression urbaine et touristique ou les axes de communication.

Les départements plus continentaux (Corrèze, Creuse, Haute-Vienne, Lot-et-Garonne, Vienne, Deux-Sèvres, Charente, Dordogne) sont également concernés, bien que la pression y soit plus diffuse ou concentrée sur les axes fluviaux et de transport. La progression de certaines espèces exotiques envahissantes comme les renouées asiatiques y reste toutefois préoccupante.

Pour aller plus loin :

Reynoutria japonica
La Renouée du Japon (Reynoutria japonica) est une plante largement naturalisée sur l’ensemble du territoire.
Photo: A. Caillon, CBNSA

En Nouvelle-Aquitaine, plusieurs plantes exotiques se sont naturalisées et demeurent, pour l’heure, cantonnées aux milieux naturels de cette région. Certaines constituent même de véritables spécificités régionales, liées aux milieux naturels singuliers du territoire : cordon dunaire sud-atlantique, estuaire girondin, falaises de flysch basque, barthes de l'Adour ou encore plateau landais et ses lagunes et étangs arrière-littoraux. On y rencontre ainsi des espèces comme le Polygala sanguin (Senega sanguinea), la Camarine blanche (Corema album), le Panic acuminé (Dichanthelium acuminatum), l’Aronie à feuilles de prunier (Aronia × prunifolia), la Sagittaire graminée (Sagittaria graminea), le Millepertuis fausse-gentiane (Hypericum gentianoides), le Barbon de Virginie (Andropogon virginicus), le Triphysaria nain (Triphysaria pusilla), le Jonc marginé (Juncus marginatus) ou la Dryoptéride noire (Dryopteris cycadina).
D’autres, introduites initialement en Nouvelle-Aquitaine, ont depuis largement colonisé d’autres régions françaises : c’est le cas notamment des jussies, du Paspale dilaté (Paspalum dilatatum) ou du Sporobole d’Inde (Sporobolus indicus).

Les 366 plantes exotiques envahissantes présentes en Nouvelle-Aquitaine proviennent de toutes les zones climatiques du globe — tropicales, subtropicales, tempérées et boréales — et ont été introduites, le plus souvent volontairement pour répondre à des usages horticoles, ornementaux ou agricoles.

La provenance des espèces dites invasives présentes dans notre région reflète l'intensité et les destinations de nos échanges commerciaux et touristiques.

Répartition des origines (CBNSA, 2022)

Smilax rotundifolia

L’analyse du rattachement des plantes exotiques envahissantes aux grands types d’habitats permet de mieux comprendre les milieux qu’elles colonisent en priorité : habitats anthropisés, milieux riches, zones humides, littoral, milieu marin.

Remarque : Chaque espèce a été associée à un habitat principal, mais ce classement comporte des biais d’interprétation : nombre d’entre elles occupent en réalité plusieurs types de milieux. Par exemple, le Panic acuminé (Dichanthelium acuminatum) se trouve dans les landes et pelouses sablonneuses humides, tandis que le Concombre anguleux (Sicyos angulatus) colonise aussi bien les boisements alluviaux que les lisières, voire certaines cultures de maïs.

Méthodologie utilisée

La liste des plantes exotiques de Nouvelle-Aquitaine a été établie à partir des données de l’Observatoire de la Biodiversité Végétale et du référentiel TAXREF. Les taxons exogènes ont été filtrés, caractérisés (origine, type biologique, dispersion, milieux, impacts) et évalués notamment quant à leur risque d’invasion et d’invasibilité (Lavergne, Weber & Gut, EPPO). Leur répartition régionale a été mesurée par un coefficient de rareté, permettant de hiérarchiser les espèces selon leur impact et leur présence : insuffisamment documentées, non envahissantes, en prévention, ou à impacts majeurs/modérés, localisées ou répandues.

Pour en savoir plus : Liste hiérarchisée des plantes exotiques envahissantes en Nouvelle-Aquitaine

Pour aller plus loin :